La Prôtennoia trimorphe (NH XIII,1)

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Résumé :

De ce qu'il est convenu de désigner comme le codex XIII de Nag Hammadi, il ne subsiste que quatre feuillets que l'on a retrouvés pliés à l'intérieur de la couverture du codex VI. Ces quatre feuillets, ne comportant aucune pagination, correspondaient vraisemblablement aux pages 35 à 50 du codex. Ils contiennent la Prôtennoia trimorphe, suivie des dix premières lignes de l'Écrit sans titre sur l'origine du monde.

Ce traité est rédigé en sahidique, un dialecte copte, mais l'original aurait été écrit en grec. Le professeur Turner, dans ses travaux sur la Prôtennoia trimorphe, a émis l'hypothèse que le texte original fut rédigé dans la deuxième partie du IIe siècle de notre ère. Le texte comporte beaucoup de lacunes se situant plutôt en haut et en bas de chaque page, et s'étendant même parfois sur plusieurs lignes.

La Prôtennoia trimorphe est divisée en trois parties, chacune introduite par une arétalogie et débutant de la même manière par la formule «Je suis». Cette division tripartite correspond aux trois modes de présence de la Prôtennoia. Mais les trois parties ne sont pas aussi nettement tranchées que pourrait le faire supposer l'entrée en matière de chacune d'elle. La première partie (p. 35-42) traite en fait du triple aspect de la Prôtennoia. Elle est la Vie, le mouvement, elle agit en tous, elle a produit le Tout. Mais elle est aussi la Voix (dès la page 36) qui donne voix, c'est-à-dire qui parle en tout être, et s'est manifestée en tous ceux qui l'ont connue. Et ainsi, apparaît la notion de la Parole, ce Fils parfait, qui naquit de la Voix et qui manifesta les infinis, prêchant à ceux qui sont dans le silence, illuminant ceux qui sont dans les ténèbres et instruisant ceux qui sont dans l'abîme. Elle est triade: Père, Mère, Fils (37,22). Image de l'Esprit Invisible, Prôtennoia est le Père de tous les éons, mais aussi la Mère dont le Tout a reçu image (38,12). Puis le Fils parfait se manifeste aux éons «qui émanèrent de lui» (37,8). Prôtennoia dira d'ailleurs après avoir rappelé les méfaits de Ialtabaôth qu'elle est descendue dans le monde des mortels, dans le chaos, à cause de sa «part» qui est restée là depuis la chute de Sophia.

La deuxième partie (p. 42-46) insiste un peu plus sur la Voix. Cette voix fait trembler tous les éléments et l'Archigénétor et ses archontes ne la reconnaissent pas. Elle leur dira: «Écoutez la voix de la mère» (44,30-31). Elle est «venue pour la deuxième fois sous l'aspect d'une femme» (42,17-18) pour faire échec à l'Heimarménè (43). Elle a mis le souffle en ceux qui sont les siens, mais elle est remontée au ciel sans son rameau.

Dans la troisième partie (p. 46-50), le Logos vient illuminer ceux qui sont dans les ténèbres (46,31-33). Étant lui-même lumière, (c'est-à-dire de la connaissance) il a revêtu de lumière le fils de l'Archigénétor, après l'avoir dépouillé de l'ignorance (47,30). Il a enseigné les décrets du Père aux fils de la Lumière. Prôtennoia a revêtu Jésus, puis l'a enlevé de la croix et l'a établi dans la demeure de son Père. Elle porte sa semence dans la lumière sainte en un silence inaccessible.

Yvonne Janssens, dans son introduction et son commentaire, note la signification du nombre 3 dans ce texte. Chaque titre des trois parties montre à l'évidence la structure tripartite du traité. La Prôtennoia descend trois fois et elle s'identifie sous trois aspects. Comme le montrent ces exemples, le nombre 3 revient donc tout au long du texte.

Toutefois, ce nombre est présent dans beaucoup de systèmes gnostiques. Yvonne Janssens en démontre l'importance, spécialement en ce qui concerne la notion de nature divine et sa révélation intérieure dans les systèmes valentinien, basilidien et chez les pérates. Il se retrouve aussi dans le système sous-jacent à l'Apocryphon de Jean, texte qui a de nombreux liens avec la Prôtennoia trimorphe.

En dernier lieu, Yvonne Janssens pense que cet hymne est ancien, tant par sa composition (sans pour autant avancer une date) que par son contenu doctrinal. Une doctrine, selon elle, relativement pure encore, où les éléments mythologiques occupent peu de place. Quelques traces de formules magiques sont cependant présentes (38,29). D'après elle, ce petit ouvrage constitue une véritable mine pour la connaissance du gnosticisme en général et du barbélognosticisme en particulier.


Les Presses de l'Université Laval (Québec)
«Bibliothèque copte de Nag Hammadi [section «Textes»]», 4

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